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Presse

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50 ans de l’indépendance de l’Île Maurice

9 au 21 Avril 2018 : Exposition au sein d’un collectif d’artistes mauriciens dans la Mairie

du VIème arrondissement à l’occasion des 50 ans de l’indépendance de l’Île Maurice.

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Expo: United Colours of Mauritius à Paris

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Par Aline Groëme-Harmon

17 AVR 2018 00:301

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«Lavandières» du peintre Robert Maurel.

Ils devaient être dix. Mais au final, ce sont 11 artistes mauriciens installés dans des capitales européennes qui exposent actuellement à la mairie du 6e arrondissement à Paris.Le vernissage a eu lieu jeudi, dans la capitale française. Il est organisé par l’Association France Maurice (AFM), avec le concours de l’ambassade de Maurice à Paris. Cette exposition a pour cadre les 50 ans de l’Indépendance de Maurice.

Choix des artistes

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Georges Toussaint, secrétaire général de l’AFM, ne cache rien des moyens limités de cette association. Initialement, Nicola Ross, «qui connaît la peinture mauricienne sur deux siècles et qui a de bonnes idées», devait être le commissaire de l’exposition.

Toutefois, faute de financement, ce sont deux artistes, membres de l’AFM, qui ont pris en charge le contenu artistique. Il s’agit du peintre et photographe Pierre Argo et du peintre d’origine mauricienne Robert Maurel.

Si une quinzaine de plasticiens ont été contactés, 10 ont répondu à l’appel. Parmi eux, figurent Serge Selvon qui vient de Dusseldorf, Jean Claude Anthelme et Rishi Jogoo, diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris, aujourd’hui enseignant à Londres.Georges Toussaint souligne que l’AFM a pris uniquement l’hébergement des artistes à son compte, tous les autres frais étant à la charge de l’exposant. C’est à cause de ces contraintes financières que l’AFM n’a pu faire venir des artistes de Maurice, précise Georges Toussaint.

Les commissaires-exposants

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Sur grand format, Pierre Argo reprend la poignée de main fatidique du 12 mars 1968, entre Seewoosagur Ramgoolam et le gouverneur sir John Shaw Rennie. Scène qui s’est déroulée après le premier lever de drapeau.

Chez Robert Maurel, tout est sensations. Des moments qui disent Maurice mieux que les mots: des lavandières, une course de chevaux, des salines. Performance

La performance vidéo de Christopher Babet, qui poursuit ses études à Paris, est une mise à nude l’homme. Avant qu’il n’habille les toiles de couleurs, au contact de sa peau.

En se débarrassant de ses vêtements, ce sont tous les préconçus que Christopher Babet veut remettre en question. «Je veux vendre ces toiles pour financer mon doctorat esthétique, en sciences et technologie des arts spécialité arts des images de l’image», explique-t-il, dans la

vidéo. Sensible aux mouvances de la créolité, l’une des toiles a été réalisée à Haïti.

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Questions d’actu:

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Ce sont des tableaux très écrits, remplis de questions, de références à l’actualité mauricienne qu’a accrochés Didier Wong. En vrac Aret Kokin Nu Laplaz, Pomponette, Guet mwa bien, ou encore Kot mo mizé d’art ? L’artiste est à Paris depuis 2000.

Trois univers féminins

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Trois femmes participent à l’exposition. On y retrouve Geneviève Bonieux qui montre notamment des paravents en résine. Leur particularité : les motifs mauriciens, dont la fleur de canne, mais surtout les «chiens marrons». Parmi les sujets de Kamla Devi Angeli, née Beejadhur, une représentation du mariage mixte.

Pour sa part, Emilie Carosin, installée depuis quatre ans en Belgique, nous interpelle avec son travail basé sur les stéréotypes, surtout ethniques. On y voit notamment une banane sur un fond rouge. L’inscription inquiétante en dessous : «J’ai peur d’être raciste.» Ainsi qu’une toile

où défile la phrase: «I am what you think.»

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«Diya» de Kamla Angéli.

Jay Sonea, le dernier arrivé

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Ce Mauricien qui est en France depuis trois décennies confie qu’il n’avait jamais montré son travail. C’est par l’intermédiaire d’une amie, Sylvie Glissant, l’épouse d’Edouard Glissant, poète et écrivain français, originaire de Martinique, qu’il a pu montrer deux peintures quadricolores.

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Association France-Maurice, 48 ans d’existence

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L’Association France- Maurice (AFM) a vu le jour en 1970, à l’initiative de Michel Debré,ancien Premier ministre français. Elle s’appelait initialement le Comité France-Maurice. Son

objectif est de renforcer les liens entre Maurice et la France. Au fil du temps, ses activités ont surtout été culturelles. Avec aussi un soutien aux étudiants mauriciens éprouvant des difficultés à se loger. L’AFM, actuellement présidée par Thierry Burkard, ancien ambassadeur de France, compte environ 75 membres.

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EMILIE CAROSIN

Ce que les yeux ne voient pas…

Une exposition d’artistes mauriciens est actuellement en cours à la Mairie du 6ème arrondissement à Paris. Portée par l’association France-Maurice et deux artistes de renom, elle rassemble une dizaine d’artistes mauriciens établis à l’étranger ayant déjà exposé en Europe. Au-delà du « prestige » que peut représenter pour certains une exposition sur le sol français, qui plus est parisien, l’exposition met en évidence certaines réflexions essentielles sur l’état et l’avenir de notre culture mauricienne. Après tout, l’une des fonctions principales de l’art n’est-elle pas de proposer des représentations symboliques d’une culture à un moment donné de son histoire et de questionner son devenir ?

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L’exposition initialement pensée pour faire résonner le 50e anniversaire de l’indépendance de l’Île Maurice rassemble des artistes mauriciens de différentes origines ethniques. L’occasion de rappeler que depuis plusieurs années la diversité ethnique se compose naturellement dans les manifestations artistiques. J’aime à penser que l’art porte l’espoir d’une éventuelle “représentation naturelle” de notre diversité ethnique sur le plan politique même si la transposition n’est malheureusement pas si simple, notamment à cause des enjeux économiques et politiques que cela représente. Des enjeux peu présents dans le cadre d’une manifestation artistique et culturelle étant donné la précarité du secteur artistique dans notre pays, encore majoritairement financé par le mécénat. L’attrait touristique que peut représenter l’art et la culture ne semble pas encore assez évident pour les autorités de notre pays. Et ce malgré le succès évident de manifestations artistiques comme le festival Porlwi by Light ces dernières années.

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Revenons à l’exposition et aux réflexions suscitées par certaines oeuvres de l’exposition en espérant que ma focalisation sur certains artistes, n’en offensera pas d’autres dont le travail est tout aussi pertinent et valable pour la construction de notre identité et culture mauricienne. Mais s’il y a bien un domaine où l’on peut se permettre d’être subjectif, c’est bien en Art.

Voici donc mon regard subjectif sur les questionnements que soulève cette exposition par rapport à notre culture en construction.

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Commençons par ce qui semble le plus évident : les toiles de Robert Maurel connues pour leur exquise luminosité mettent en avant des scènes de la vie mauricienne parlantes pour chacun d’entre nous : les salines, la pêche au filet, les lavandières… Une de mes amies m’a confié y retrouver la véritable île Maurice. Je me suis demandé si dans quelques années son fils dirait la même chose. Car si ces images sont familières pour notre génération et les générations passées, il y a des risques que pour les futures générations, elles n’existent plus que dans les tableaux de Robert Maurel. La lumière jetée sur ces actes du quotidien constitutifs de notre patrimoine national, semble de plus en plus confinée à ces toiles qui à elles seules ne peuvent porter la richesse de notre culture. Ces toiles nous rappellent qu’il est de notre devoir d’assurer la survie et le rayonnement de ces gestes qui font partie intégrante

de notre culture insulaire.

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Culture insulaire? Culture métissée? Ce sont les questionnements explicités par Didier Wong dans ses toiles. Comme pour s’assurer qu’on comprenne le message, l’artiste nous rappelle par écrit les combats actuellement menés à l’Ile Maurice. L’air de dire que malgré la distance, la solidarité qui nous anime sur ces causes est bien réelle et que nous ne nous laisserons pas faire : Aret Kokin nou laplaz, get mwa bien, leve do mo pep ! Sous l’apparente jovialité véhiculée par les couleurs vives, les questions soulevées sont bien réelles. Pouvons-nous nous rassembler pour faire exister (ou survivre) notre culture, notre art, notre patrimoine ? Qui sommes-nous ? Laskar, Sinwa, etc. Comment faire exister notre métissage qui peine à transparaître tant ces différentes appellations sont présentes dans notre langage. Comment reconnaître notre africanité dans nos apparences diverses ? L’art pourra-t-il nous transporter au-delà de ces questionnements identitaires ?

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Comme une réponse apportée par Christopher Babet dans son travail qui dérange et met certaines personnes mal à l’aise à cause de la vérité qui en transparaît (Facebook : Kreyolo mounn). Il faut dire que la démarche tellement audacieuse peut sembler incompréhensible pour certains : danser nu sur une toile. Heureusement une vidéo rend accessible le rituel artistique créé par Kreyolomounn et on prend alors conscience d’une voie possible pour assurer la survie et l’avènement de notre identité mauricienne et pour toucher ce que nous avons de plus profond et universel. Cela demande de laisser de côté nos possessions et nos

préoccupations matérielles pour mettre notre corps au service de l’expression de notre être authentique, émancipé et libre de créer notre avenir au rythme de cette musique qui a permis à nos ancêtres de survivre et de construire notre pays malgré la souffrance qu’imposait l’asservissement. L’artiste nous rappelle à travers la toile réalisée à Haïti que nous ne sommes pas les seuls à vivre cela.

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La conscience de notre passé douloureux est représentée dans la toile de Pierre Argo qui nous rappelle que l’indépendance a été possible grâce à l’organisation d’une partie de la population qui a été pendant de nombreuses années oppressée. En l’espace d’une toile, les membres fondateurs oubliés (ceux qui ont construit notre pays de leurs propres mains) sont placés au même niveau que les personnalités politiques. La présence de la foule si enthousiaste contraste avec les inégalités sociales encore trop importantes : notre projet social a encore un long chemin à parcourir pour assurer que chaque enfant ait accès à une éducation de qualité qui lui permette de s’approprier les symboles de notre culture pour la faire grandir. La mer présente en bas de toile, nous rappelle que nous sommes tous venus d’ailleurs, que nous sommes à présent dans le même bateau et qu’il est de notre responsabilité d’agir enconséquence.

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Nous sommes tous concernés et confrontés aux mêmes risques. J’ai tenté dans mon installation vidéo de mettre en avant un de ces risques “le racisme” (Facebook : masquedemasque). Travaillée à partir de la contribution de 14 Mauriciens, l’installation révèle

la peur que nous avons de l’autre et les possibilités que nous avons pour la dépasser, enlever nos masques et aller à la recherche de l’autre comme être authentique et digne. Je pense que notre avenir en tant que nation repose, entre autres, sur notre capacité à en prendre conscience et à « manger » nos peurs pour traiter chacun comme être digne de contribuer librement etsignificativement à notre identité et culture communes.

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Cinquante ans d’indépendance, c’est aussi l’occasion de rappeler que notre République se doit d’être protectrice et garante de notre patrimoine culturel et de notre identité en devenir. Cela se manifeste dans le soutien financier et structurel que l’Etat apporte aux artistes, à la production, à la diffusion et à la valorisation de leurs travaux sur le plan local et international et dans l’investissement dans l’éducation artistique et culturelle de nos futurs citoyens. Maintenant que nous avons reçu le “titre” de miracle économique africain, nous donneronsnous aussi les moyens et l’ambition d’une culture mauricienne consciente de notre passé

colonial et revendicatrice de notre appartenance créole et des liens qu’elle entretient avec d’autres îles ? Ouvrirons-nous les yeux pour devenir ce miracle culturel anticipé et porté par tant d’artistes depuis des années, et qui dépasse notre seul territoire ?

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Des perspectives en ce sens sont aussi ouvertes par Serge Selvon, expert de l’histoire de l’art mauricien qui travaille depuis de nombreuses années sur la représentation de notre identité « mascarine » qui dépasse l’île Maurice et rejoint les îles voisines

(www.sergeselvon.de). Kamladevi Beejadhur nous fait percevoir la beauté des rituels, de la danse, du mariage mixte; Geneviève Bonieux nous questionne sur la relation que nous entretenons avec la nature (www.bonieux.com); Rishi Jogoo fait ressortir la souffrance vécue suite aux désastres naturels et aux crises humanitaires; Jean-Claude Antelme met en valeur notre patrimoine local et architectural, et Jay Sonea cherche à faire revivre les couleurs de nos drapeau. Des réflexions qui sont possibles grâce à l’émancipation de notre nation.

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